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Pernod-Ricard ressort… La Pernod Fils !

1 April 2010 7 Comments

Chromo Pernod Fils

Mise à jour : Naturellement, ceci était un poisson d’avril. Cela dit, vu la quantité d’encre qui a coulé, un article complet de décryptage est en cours

Il aura fallu attendre, mais quel résultat !

Il y a quelques années, quand Pernod nous a proposé la Pernod 68, la déception a été immense : comment l’entreprise qui avait été le producteur phare d’une des meilleures absinthes de l’histoire, proposant une absinthe distillée, gourmande, équilibrée, bref, un véritable modèle du genre, pouvouvait-elle espérer nous abuser avec un anisé sans âme conçu par mélange d’essences ?

Force est de l’avouer, la raison d’être de la Gazette de l’Absinthe est plus ou moins d’annoncer cette nouvelle : la Pernod Fils revient, dans toute sa splendeur, et nous détenons cette exclusivité car l’auteur a supervisé la renaissance de cette merveille depuis maintenant quelques années.

Un peu d’historique, et d’historique

Lorsque j’ai découvert la Pernod 68, j’avais déjà eu la chance, grâce à des amis, d’avoir pu déguster quelques fois de l’authentique Pernod historique, qu’elle soit pré-interdiction, ou bien Pernod Tarragone.

J’avais tellement d’espoir avant mon premier verre de 68, que lorsque ceux ci se sont brisés, j’étais dans une telle rage (les larmes aux yeux, véritablement), que je me suis fendu d’un mail virulent à leur égard.

J’ai reçu quelques temps plus tard la réponse suivante :

Bonjour,

nous sommes particulièrement désolés que notre produit vous aie déçu.

Comprennez, Monsieur ********, qu’il est difficile aujourd’hui pour Pernod-Ricard de reproduire des produits vieux de près d’un siècle. D’une part, les gouts ont changé, et d’un point de vue marché, les amers ne fonctionnent plus aussi bien. D’autre part, sur le segment de marché des anisés, Pernod-Ricard ne peut plus toucher la clientelle achetant sur la gamme de prix des anisés avec des produits distillés, trop chers. Enfin, et raison la plus complexe, les bouteilles de Pernod Fils d’avant l’interdiction de 1915 sont des objets de collection ayant atteint des prix tels que leur utilisation à fin de recherche n’est pas à l’ordre du jour, nous avons donc du travailler sur un produit complètement nouveau, sans référence aux produits d’époque.

[...]

Alexandra Sandre,

Département marketting anisés,

Pernod-Ricard

Je ne pouvais pas laisser passer cette réponse. Manager de formation, je me suis donc mis, sur une durée de quelques mois, à concevoir la seule chose que pourrait comprendre une entreprise de la taille de Pernod-Ricard : un Business Plan.

Travail sur les marchés et leur développement, produits dérivés, économonie d’échelle, plans comptables, budget, échéanciers de rentabilité, j’avais produit en quelques temps un dossier de plusieurs centaines de pages.

Le projet “Colvert”

Agréable surprise, j’ai été contacté quelques temps plus tard par Pernod-Ricard, me disant que ma proposition les avait intéressés. Un projet serait lancé pour tenter de réssuciter la Pernod Fils, sous le nom de code “Colvert”.

Je fus rapidement introduit auprès d’Eric Brochet, maitre distillateur chez Pernod-Ricard, qui se montra rapidement très enthousiaste, d’autant que nous pourrions travailler dans des conditions idéales : Pernod-Ricard nous allouait un laboratoire avec un authentique alembic Egrot et un colorateur d’époque qu’ils avaient en remise, et qu’ils avaient réstaurés  !

Eric Brochet, maitre distillateur chez Pernod Ricard

Eric Brochet, maitre distillateur chez Pernod Ricard

Nous avions en sus tout pour réussir : recettes d’époque fournies en photocopie par le service archives et histoire de Pernod-Ricard, factures nous permettant de tracer l’origine des produits et de contacter des producteurs pouvant nous offrir la même qualité.

Simultanément, nous travaillions avec le département marketting de la gamme des anisés Pernod-Ricard sur les plans de communication (merci à eux d’ailleurs de me laisser la primeur de l’annonce !), les produits dérivés, et la législation.

Premières déconvenues

Force est d’avouer que les premières cuites furent catastrophiques : je n’avais aucune expérience sur la distillation, et Eric, plein de bonne volonté, lui, ne connaissait pas l’absinthe.

Les produits étaient fades, ou trop anisés, ou au contraire trop amers. L’alcool de vin, que nous payions pourtant une fortune sur les petits lots que nous utilisions pour les expériences, ne remplissait pas ses promesses, car nous ne savions pas l’exploiter.

Le management Pernod-Ricard était sur le point de nous couper le budget le jour ou Eric m’appela fou de joie

Bon sang ! J’ai une nouvelle formidable ! Les archives m’ont remonté un document exceptionnel : ils ont retrouvé, parmi les livres de comptes, un vieux cahier qui ressemble à s’y méprendre aux autres cahiers comptables, mais qui contient toutes les notes d’un maître distillateur de l’époque peu après l’incendie !

Nous avons à partir de ce moment là fait des progrès colossaux. Mais cela ne suffisait pas. Je savais qu’il manquait quelque chose. Alors, exceptionnellement, j’ai pris dans mon budget personnel, et j’ai pris sur moi d’acheter une bouteille de Pernod Fils historique

Bouteille historique de Pernod FilsSimultanément, je faisais l’éducation d’Eric à l’absinthe, lui faisais découvrir les différents gouts, les différents profils, les spécificités des distilleries.

Il y a mis beaucoup de passion, et je me demande parfois s’il n’est pas devenu un absintheur bien meilleur que moi.

Dès qu’il a appris a différencier les meilleurs absinthes, nous avons commencé à travailler par comparaison avec la bouteille d’époque, et avec de la PF 1901 de chez Combier.

Notre but n’était pas de reproduire le gout historique, contrairement à ce qu’a voulu faire Ted A. Breaux, mais de chercher quelque chose qui aurait un jour ce gout, et l’expérience d’Eric a beaucoup aidé.

Quelques temps plus tard, la Pernod Fils renaissait de ses cendres !

La nouvelle Pernod Fils

Le résultat est surprenant. Ne vous attendez pas à avoir un gout similaire à la Jade reproduisant l’absinthe d’époque, vous n’y seriez pas. Mais en toute objectivité, il suffit de gouter pour comprendre : nous avons bel et bien reproduit le gout de l’époque, c’est une évidence.

Cette nouvelle absinthe est distillée, colorée naturellement, profite d’une plante goutue, d’un anis et d’un fenouil de haute qualité, d’un alcool lui donnant un corps extraordinaire.

Nous sommes, Eric et moi, très fiers du résultat, mais nous vous laisserons apprécier cela par vous même bientôt.

En effet, la Pernod Fils par Pernod-Ricard devrait être disponible sur le marché d’ici quelques mois, en grande distribution principalement, pour concurrencer un autre produit qui monopolise pour l’instant le marché… Pour un prix de 30€ le litre ! Non vous ne révez pas, ce prix final est possible grâce à la puissance de Pernod-Ricard sur le marché des alcools !

Les bars et fournisseurs de boissons de France et d’ailleurs, distribuant déjà les produits Pernod-Ricard vont être alimentés peu de temps avant, avec tout un lot d’objets promotionels, et afin de couper le cou à certaines pratiques, nous avons tout prévu.

Des verres dosés robustes (verres de bar oblige), portant la marque Pernod Fils seront fournis gracieusement, avec des carafes à glace élégantes, et… Des  brouille absinthe en quantité.

Le brouille absinthe est en plastique, certes, mais il reproduit fidèlement un brouille d’époque d’une grande élégance. Je vous laisserai découvrir en temps voulu, je n’ai malheureusement pas le droit de poster des photos :)

Conclusion

Je sais que vous êtes sans doute un peu dubitatifs, mais je suis content d’avoir vécu cette grande aventure, et ceux qui me connaissent pourront se porter garants sur mon niveau d’exigence vis à vis d’une absinthe.

Je suis sans doute peu objectif, mais j’ai bon espoir que cette Pernod Fils ressucitée est la clef pour repopulariser une absinthe de qualité.

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